mardi 13 janvier 2015

Roméo à Toulouse au Théâtre du Grand Rond

ROMEO
Au Triangle - Huningue

Le 27 janvier 2015 - 20H
Séance scolaire à 14H

Extrait de presse
In Roméo veritas
CENTRE PRESSE Rodez 22 novembre 2014

 

Une pièce difficile à résumer que « Roméo » la dernière création en date de la Compagnie Éphémère dirigée par Philippe Flahaut où cohabitent comédiens traditionnels et comédiens en situation de handicap. Comment revisiter la tragédie shakespearienne par excellence qu’est Roméo et Juliette au travers de la folie obsessionnelle, où l’amour ne peut qu’être impossible, Juliette inaccessible et le drame irréversible. Un décor incroyablement chaotique mais paradoxalement très ordonné, avec des livres disséminés un peu partout, mais aussi du matériel médical dont nombre d’écrans de monitoring, un miroir immense, une caméra vidéo, l’impression d’être en permanence enfermé, observé, traqué…une chambre dans une unité psychiatrique. Dans un coin, un peu à l’écart, une baignoire vieille époque qui évoque inévitablement le tableau de David, Marat assassiné par Charlotte Corday, avec cet élément vital qu’est l’eau, curative, apaisante et purificatrice, sans oublier une tenture transparente derrière laquelle un musicien en live accompagne de variations subtiles cette tragédie. D’emblée, le spectateur est happé par Roméo qui ne le lâchera plus, interpellé sur la dualité personnage/acteur, la nécessité de la représentation comme compromis entre exhibition et voyeurisme, la place de la parole aléatoire et fugace face à l’écrit immuable, la genèse du théâtre et de la vie…
Des réflexions en parallèle sur le désir ou la vérité, l’intime ou l’universel, l’urgence, l’instantanéité, le temps qui érode ou exacerbe les sentiments, un tohu-bohu vertigineux qui brasse la passion, la sensualité, la quête d’identité et la fluidité des corps, tous ces éléments nourrissent ce texte de Filip Forgeau, autant dire que c’est vraiment du grand art, de l’orfèvrerie de haute précision. Théo Kermel habite littéralement le personnage principal de bout en bout, et la complicité qu’il partage avec les fantômes féminins qu’il idéalise via son infirmière, Juliette bien sûr mais aussi Ophélia noyée de désespoir et de chagrin, cette relation exclusive et fusionnelle embrase la scène. Et quand à la fin il se travestit avec nuisette, bas et chaussures à talons rouge sang, le trouble nous envahit devant cette quête éperdue aussi fragile que dérisoire. L’altérité sexuelle se dissout dans l’androgynie évanescente et s’impose comme seule issue, aussi inéluctable que mortifère. « Les enfants du séisme » ne peuvent que se réunir dans l’au-delà… parce que c’était elle, parce que c’était lui…
Cette pièce vibrante et tumultueuse, toute de bruits et de fureur, résonne d’une incroyable énergie et d’une actualité toujours intacte. Un spectacle époustouflant à voir et à revoir.
Jean Dessorty